Zoroastrisme, une réforme du védisme

Zoroastrisme, une réforme du védisme

 

Le zoroastrisme n’est, ni plus ni moins, qu’un système védique. Les chercheurs s'accordent pour dire que, avant même l'avènement de Zoroastre, la religion des devas existait déjà en Iran. Faute d'un meilleur terme, certains l’ont appelé la religion pré-zoroastrienne. Mais ses liens avec les Vedas sont occultés. Les similitudes entre religion pré-zoroastrienne et religion védique méritent d’être soulignées.

 

Le terme zoroastrien est postérieure à la version grecque du nom du prophète « Zoroastre » (Zarat, provient du sanskrit Harit, Ustra signifie chameau en vieux-persan comme en sanskrit). Il aurait vécu aux environs de 1200 ans avant JC (voir un demi-millénaire plus tard). Une tradition grecque le situe 258 ans avant Alexandre (soit au 6ème siècle avant JC). Le nom par lequel les Zoroastriens appellent leur religion est « Mazdayasna », la religion d'Ahura Mazda (en sanskrit Asura Medha : « Seigneur de la Sagesse »). Dans le Rig-veda (ex. 8610), l’expression rtasya medham signifie « Sagesse de la Vérité ».

 

Zarathushtra est venu de la Bactriane au nord de l’Iran, près de l'Afghanistan. Les Ecritures sacrés des zoroastriens sont l'Avesta. Elles se divisent en Yasna (sanskrit Yajna) avec les Gathas, le Vîdêvdât ou Vendidad (Vi-daeva-dat, «anti-Daeva"), et les Yast (chants) qui sont des hymnes cultuels. Son histoire se situe sur de nombreux territoires, notamment le Sapta-Sindhu (Sindhu-Sarasvati, une région du Nord-Ouest de l'Inde). Au cours de la période sassanide, l'Avesta a été traduit en Pahlavi sous le nom de Zend Avesta.

 

Tels les mantras hindous, les Zoroastriens récitent des mathra pour accompagner leurs méditations. Comme dans le tripartisme védique, les Zoroastriens divisent la société en prêtres (zaotar), guerriers (nar) et paysans (vastar). Durant longtemps, on a supposé que les daevas de la foi Mazda et les devas des védas ne faisaient qu’un. Zarathushtra aurait simplement inversé la dichotomie Deva-Asura. Même si les systèmes védiques et zoroastriens sont bien plus semblables qu’on ne le pense généralement, c’est aussi plus complexe qu’il n’y paraît.

 

Au Cachemire (territoire du monde védique) ont retrouve des preuves cruciales d’une division tripartite Deva-Asura-Daevas. Elle-même représente deux triades : Corps - Souffle (Prana) - Conscience (Atman) pour l’individu et Terre – atmosphère - Soleil pour la Création. Cette classification tripartite existe également dans la pensée indo-aryenne sous le nom de guna, divisée en sattva, Rajas et Tamas. Pour les zoroastriens, cette triade se définit ainsi :

 

Deva, ou Devata (ciel, sattva): représente le pouvoir lié à la compréhension


Asura (atmosphère, Rajas): représente le pouvoir lié à l'action


Daeva (terre, le corps, Tamas): représente le pouvoir lié à l’acquisition


Le folklore Kashmiri conte beaucoup d'histoires ou les daevas sont des contrepoints aux devas et asuras. Parfois, le terme raksasa est utilisé comme synonyme de daeva. Ce mot apparaît dans le Rig-veda, l’Aitareya et bien d’autres textes en sanskrit. Il est aussi considéré comme l’équivalent de Nirrti. Dans le mariage, la formule raksasa est synonyme de rapt de l’épouse (par exemple comme prise de guerre). Il est tout à fait possible que le terme daeva soit apparu au Cachemire suite à une importante immigration indo-perse. Si tel est le cas, ce mot pris racine en fonction d’une notion répandue dans la région. Il est également possible que ce terme existe déjà bien avant, ou que son utilisation soit parallèle aux deux cultures, en raison d’une proximité entre le Cachemire et la Bactriane. Ces derniers siècles, les hindous du Cachemire sont restés isolés de la population perse. Malgré tout, de nombreuses pratiques zoroastriennes y persisten. Par exemple, citons le port du fil sacré pour les femmes (appelé aetapan en kaçmiri) et de la chemise sacrée (sadr).

 

Le point de vue tripartite Deva-Asura-Daeva fut surement simplifié au sein de la tradition védique. Avec le temps, elle ne laissa plus qu’une dichotomie opposant Deva et Asura. Zarathustra fit, quant à lui, une simplification similaire en utilisant une dichotomie opposant Daeva et Asura. Cette réduction serait semblable aux deux cultures (perse et indienne).


Et ce ne sont là que quelques exemples de similitudes structurelles… Quant aux réformes zoroastriennes, elles verront également le jour en Inde (durant la période puranique). Mais Zarathushtra, en mettant l’accent sur une plus nette dichotomie entre bien et mal, a donné naissance à une véritable esthétique, une approche unique en son genre.

 

Le système général

 

Voici une liste de divinités positives du zoroastrisme. Leurs correspondances sanskrites sont mises entre parenthèses :

 

Le Seigneur suprême

 

Le Dieu suprême de la foi zoroastrienne est Ahura Mazda (Asura Medha). Il s’est auto-créé, il est omniscient, omniprésent, saint, invisible, et au-delà de toute conceptualisation humaine. Dans l’Yast, Ahura Mazda proclame : « Mon sixième nom est compréhension ; mon septième est Intelligence ; mon huitième est connaissance, mon neuvième est expérience, mon dernier est sagesse. Je suis le sage, mon nom est Le plus sage d’entre les sages. »

 

Ce passage évoque clairement le Purusha védique. Il s’agit de l’essence ultime de l’Homme, la Pure conscience, la Conscience-Témoin (sâkshin) qui observe, immobile et en silence, Prakriti. Purusha est "madhyastha" (qui se tient au centre) : équanime, impartial, impassible. « Telle est l'activité de la Prakriti, la manifestation cosmique qui va du Grand Principe jusqu'aux éléments grossiers et particuliers. Elle existe en vue de la libération de tous. Bien qu'elle semble pour elle-même, elle est pour autrui. » (S-K. 56) Ici, tous les êtres sont destinés à se libérer.

 

« L’Homme a mille têtes, il a mille yeux et mille pieds. Couvrant la Terre de part en part, il dépasse encore de dix doigts. L’Homme n’est autre que cet univers, ce qui est passé, ce qui est à venir. Tous les êtres sont un quart de l’Homme accompli. »

 

Pour faire référence à une tradition plus tardive, on retrouve ici l’image d’Yggdrasil, l’arbre monde des scandinaves. Le Purusha invite à devenir cet arbre, la pleine conscience, l’Homme dont l’esprit ne fait plus qu’un avec la Création toute entière.

 

Une telle libération se fait par une relation privilégiée de l’individu avec le ciel, le soleil et la Terre. Ahura Mazda y projette son pouvoir bénéfique par l’intermédiaire de l’énergie immortel : l’Amesha Spenta. À partir d’elle, il cherche à obtenir de ses élèves :

 

Vohu Manah (Su Manah) : La droiture

Asha Vahishta (R ta Vasistha) : De meilleurs lois

Kshathra Vairya (ksatra Vairya) : Un gouvernement de héros

Spenta Armaiti (Spanda Aramati) : Une dévotion désintéressée

Haurvatât (Sarvatata): L’Intégrité

Amaratat (Amaratata): L'Immortalité

 

Les trois premières sont conçues comme des caractéristiques masculines, les trois dernières comme féminines. Cette division zoroastrienne est la même que pour les Purusha, une projection divine au sein du domaine psychique, juridique et gouvernementale.

 

Divinités communes (Yazatas)


De nombreuses divinités sont identiques aux zoroastriens et au système védique. Certains noms ne divergent que d’une évolution de prononciation. Les divinités védiques sont des expressions naturelles de Dieu. Elles lient le domaine astronomique, terrestre, psychologique et spirituel. Il en est de même des divinités zoroastriennes d’adoration, les Yajatas. Parmi elles se trouvent de nombreuses étoiles comme les Pléiades, Sirius et Vega.

 

Airyaman (Aryaman): Un Aditya, qui est regroupée avec Mitra. Dans Yast 3, il est l'invocation de isyo

Airyama, le « »ouhaitable Airyaman ». Aryaman représente l'hospitalité

APP (Apah): Cosmic-Eaux; Aban

Apam Napât: Enfant des Eaux Il s’agit de Varuna. Il est invoqué dans l’Yasna en tant que Apam Napât

Aradvi Sura Anahita (Sarasvati Sura): également Harahvati et la déesse Anahita

Arstat (Rta): justice, l'ordre

Asi, Maza-ray (Maha-ray): la bonne fortune, (Yast 17)

Asman (Asman): Stony la voûte du ciel, en opposition à Zam, la Terre

Atar (Atharvan): Agni

Atharvan (Atharvan)

Cista (Sista): Déesse de la Voie, la compagne de Mithra

Daênâ: « La femme qui peut vous posséder ». Ce mot existe aussi dans le cachemirien et en punjabi.

Dadar (Data): Giver

GAV (GAUH exploité): La Vache Cosmique

Hvar (SVAR): le Soleil

Iza (Ida / ILA): Déesse du sacrifice

Mithra (Mitra), également RHiM. Vu dans Raman Khrastra, "Rama Ks atra», Ramarajya, dans le Yast Ram. Bonne Vay (Vayu) est appelée RAM (signifiant la joie et la paix)

Sraosa (Brhas-pati): Compagnon de Mithra. Au plus tard, la Perse, comme Saros ou Siroos, il est l'ange qui sert d'intermédiaire entre Dieu et l'homme

Thworesta (TvashJri): Fashioner

Ushah (USA): The Dawn déesse qui fait de l'auto-illumination possible

Vad (Vata): Le vent

Vayu, Vay (Vayu): Le souffle divin

Verethraghan (Vrtrahan): Indra, en tant que destructeur du voile de l'ignorance (Vritra). Dans le Bahram Védique, il est appelé Vivanhvant (Vivasvant)

 

Mitra et Bhaga sont deux des Adityas, les noms du Soleil, dans les Védas. Les Adityas autres sur une liste de retard sont Indra, Aryaman, Vivasvant, Vishnu, Parjanya, Varuna, Dhatr, Pusan, Am Su, et Tvasta.

Mitra et Varuna sont des partenaires dvandva dans les Védas, la pensée de Zoroastre est à la frontière de la pensée védique, il s’agit bien d’une réforme de ce dernier, surement réalisée à une époque ou les Vedas étaient devenus difficilement compréhensibles par la population. C’est ce qui explique l’absence des divinités comme Vishnu et Rudra, et aussi la raison pour laquelle les noms des Pléiades (Krttika en sanskrit et Paoiryaen en avestique) sont si différents. Varuna est mentionné dans les documents Mitanni, la religion pré-zoroastrienne l’a intégré avec le temps.


Il est remarquable de voir que Baga (Skt Bhaga), le nom pré-zoroastrien de Dieu, ne figure pas parmi les Yazatas Cette absence est sans doute une conséquence de l'adoption, à sa place, de la nouvelle divinité Ahura Mazda.

 

Des concepts culturels communs

 

Les innovations zoroastriennes ne change pas son caractère védique originel. La signification des rites cultuels est inchangée, comme les concepts de base du divin ou la place de l’homme dans l’univers. Voici quelques correspondances culturelles :


Amesa (amrta) : L’immortalité. L'accent est mis sur un état « au delà du temps » à partir duquel le monde phénoménal émerge

Arta (Rta) : Asha ; l’ordre cosmique

Azi (AHI) : Le dragon qui couvre la vérité

Druj (Druh) : ennemi d'Asha, il est le mensonge, anrta

Framayisn (Yajamana)

Frashasti (Prasasti)

Hamkar (Samskara)

Haoma (Soma)

Humayi (Su + Maya)

Karapan (Krpan) : la mesquinerie, Zarathusthra est hostile à son égard

Kav, Kay, Kavi (Kavi) : la voyante inspirée

Mahal (Mahalaya)

Nahn (Snana): le bain rituel

Pavi (Pavitra): lieu de sacrifice

Saêna (Syena): l'aigle, aussi Saêna meregh (mrga), Simurgh

Sogand (Saugandha): Le serment

Urvar (urvar)

Vah, Vah (Svaha, Svaha): Invocation au rituel du feu

Varah (Vrata): Vow

Yasna (Yajna); aussi Jashn ; l'acte d'adoration, le sacrifice

Yatu (Yatu): La magie; Jadu, Fils de Yima Vivanhvant (fils Yama de Vivasvant)

Yazata (yajata); digne d'adoration

Zaotar (Hota): prêtre

Zaothra (stotra): l'adoration


Enfin, la lutte entre les Arya et les Dasyu dans les Védas, est parallèle à celle entre les Arya et les Turya (Turcs).

 

Les cinq divinités du Yasna Haptanhaiti


Asi (As): La récompense, appelé Maza-rayi (Maharay)

Est (Isa): Le plaisir

Azuiti (Ahuti): L’abondance

Frasasti (Prasasti): La satisfaction

Parandhi (Purandhi): La nutrition