Amour & Chasteté

On peut distinguer dans la pratique de la sexualité trois aspects fondamentaux :

le biologique, le social et l'imaginaire. Bien qu’on retrouve ces pratiques tout au long de l’histoire indo-européenne, l’amour courtois se rapporte principalement à l’histoire médiévale. C'est l’art amoureux des couches aristocratiques, celles des cours ainsi que l'indique l'adjectif courtois. Comme tout imaginaire sentimental, l’amour courtois se nourrit amplement des conventions sociales. Les règles de l'Église d'une part, qui prêchait la chasteté (bien que déjà présente dans toutes les cultures celtes et germaniques). Les mœurs de la société aristocratique de l'autre, qui avait besoin d'assurer la transmission des héritages, donc du pouvoir économique et politique, avec un minimum de conflits sociaux. Elle avait besoin aussi d'endiguer et de contrôler la biologie du sexe, porteuse de violences, de jalousies et de conflits passionnels. Le mariage est l'institution que l'Église et la société aristocratique médiévales ont inventé pour réguler les rapports et responsabiliser la reproduction. L’amour courtois est un thème dominant de la littérature médiévale française à partir du milieu du douzième siècle. Encore actuellement, il conditionne le mode sentimental des populations à dominance blonde.

La musique invente un nouveau langage, plus poétique. Dans ce contexte culturel, le luth et la flûte à bec revêtent des qualités sonores symboliques qui en font les instruments de l’amour courtois. Ils sont évoqués dans les chansons, les ballades et les romans pour la douceur des mélodies, propres à accompagner délicatement le chant d’amour. La musique devient donc l’expression du lien qui unit les amoureux. On exprime son amour souvent dans le jardin, lieu de l’amour idéalisé, chanté par la chanson et la poésie courtoise de l’époque. La dame aimée, chantée des troubadours, est toujours belle et jeune, d’une fraîcheur de rose et d’un teint « blanc de lis ».

Canons de la beauté féminine dans l’amour courtois :

•blonde avec des cheveux longs
•un cou pareil à l’ivoire
•un visage régulier et rond, dominé par un front blanc
•les yeux gais et rieurs
•la bouche petite avec des lèvres vermeilles
•les dents petites et serrées (la régularité des dents est un trait de beauté auquel on attache beaucoup d’importance)
•les bras arrondis et un peu longs, terminés par des mains blanches
•la taille fine
•la poitrine peu développée
•les hanches basses et étroites
•la dame doit être droite et fière.

Canons que l’on retrouve aisément dans la culture de l’antiquité Perse et dont les traits caractérisent encore une certaine classe iranienne, principalement de religion Zoroastre.

Dans Erec et Enide de Chrétien de Troyes, Erec « ne peut se rassasier de la contempler… il contemple sans fin sa tête blonde, ses yeux riants et son front clair, le menton et la gorge blanche. Son front et son visage étaient plus lumineux et plus blancs que n’est la fleur de lis. Les yeux répandaient une telle couleur qu’ils semblaient être des étoiles. »

Le maquillage n’est pas très bien vu. La femme ne doit pas tenter de dissimuler ses imperfections (« la beauté est naturelle où elle n’est pas » dit-on alors). Malgré cela, elle peut mettre du rouge sur les pommettes, du bleu sous les yeux, du safran ou du blanc sur les joues. Les troubadours font l’éloge de celles qui gardent leur teint naturel. Quant aux hommes, ils ont des poux et les gardent car c’est le signe de bonne santé !

Cependant, il est à signaler que la propreté était importante. On enseigne aux dames à ne pas porter les ongles longs afin qu’il n’y ait pas de noir dessous. Le visage doit être plus soigné que le reste car c’est ce que l’on regarde le plus. Elles se blanchissent les dents tous les matins. Pour l’haleine, il est conseillé de mâcher anis, fenouil, cumin ou cardamome.

Le manuel De Amore d’André le Chapelain (1186)

Il s’agit du premier manuel qui enseigne l’art d’aimer. Dans son traité, De Amore, composé de six mille vers latins, André le Chapelain démontre ce que veut dire l’amour courtois ou « l’amour pur », quel est le but de l’amour, quel est son chemin… Ce texte apparaît sous la forme traditionnelle d’une lettre écrite à un jeune ami qui demandait des conseils sur les choses de l’amour ; il consiste en une série de dialogues imaginaires entre hommes et femmes…

« Le plus grand trésor de la femme est la beauté. Une dame de l’aristocratie doit être aussi belle qu’un chevalier doit être fort. Le blanc du visage, le rouge des lèvres et des joues évoquent la rose et le lis, les deux fleurs symboliques de l’époque. Tantôt les cheveux sont laissés naturels, libres sur les épaules, tantôt, la damoiselle les met en tresses et les entrelace avec des galons d’or. Sa deuxième caractéristique est la faiblesse physique qui encourage la protection. Dans les romans médiévaux, l’aventure commence par un coup de foudre à la vue de la beauté de la dame. »

1. Le mariage n’est pas une excuse valable pour ne pas aimer.
2. Qui n’est pas jaloux, ne peut pas aimer.
3. Personne ne peut être lié par deux amours à la fois.
4. Toujours l’amour doit croître ou décroître.
5. Il n’y a point de saveur à ce que l’amant obtient sans le gré de son amante.
6. L’homme ne peut aimer qu’après la puberté.
7. À la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.
8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l’objet de son amour.
9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l’espoir de l’amour.
10. L’amour est toujours étranger dans la maison de l’avarice
11. Il ne convient pas d’aimer une femme qu’on aurait quelque honte d’épouser.
12. L’amant véritable ne désire d’autres baisers que ceux de son amante.
13. Rendu public, l’amour résiste peu.
14. Une conquête facile rend l’amour sans valeur,
une conquête difficile lui donne du prix.
15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.
16. À la vue soudaine de son amante, le cœur d’un amant doit tressaillir.
17. Un nouvel amour fait partir l’ancien.
18. Rien que le bon caractère rend l’homme digne d’amour.
19. Quand l’amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.
20. L’amoureux est toujours craintif.
21. Vraie jalousie fait toujours croître l’amour.
22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d’aimer augmentent.
23. Il ne dort ni ne mange, celui que passion d’amour démange.
24. N’importe quel acte de l’amant se termine dans la pensée de son amante.
25. L’amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.
26. L’amant ne saurait rien refuser à son amante.
27. L’amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.
28. La moindre présomption pousse l’amant à soupçonner le pire sur son amante.
29. Celui que tourmente trop la luxure n’aime pas vraiment.
30. L’amant véritable est toujours absorbé par l’image de son amante.
31. Rien ne défend à une femme d’être aimée de deux hommes, ni à un homme d’être aimé de deux femmes.


La chasteté chez les anciens germains

La chasteté exista de tout temps chez les germains. Les Latins qui, comme Tacite, étaient plutôt avares de compliments à l’égard des peuples combattus, le reconnaissent. « Avoir connu la femme avant l’âge de vingt ans, précise César, est à leurs yeux une grande honte ». La chasteté, que le christianisme a transfiguré dans la foi, était scrupuleusement respectée, les Germains lui attribuaient des vertus militaires et physiologiques. La haute stature, la force, le teint pâle, la blondeur des cheveux des Goths, Saxons et autres Vandales en sont les témoins. Il est évident que si les femmes avaient appartenu à une multitude d’hommes dans des orgies, tels que ceux qui étaient pratiqués dans le Bas-Empire romain, une telle homogénéité n’aurait pu être conservée jusqu’à nos jours.